M.O.L ReportMonde

CHAPITRE 2 : LES POURQUOI DE L’AVENTURE

Le 26 Avril, la décision tombe. Je décide de partir en Asie Centrale, sur la Pamir Highway pour 1300km de vélo. La Route se perd dans les hauts plateaux du Tadjikistan et Kirghizistan et culmine à 4600 mètres d’altitude. Pour moi c’est un coup de marteau, une fatalité, une sentence irrévocable. J’ai pris la décision et pourtant… J’ai comme un sentiment d’avoir été submergé par mon enthousiasme.

Autour de moi, les réactions divergent. L’incompréhension, la peur, la moquerie, les doutes marquent les visages. Puis viennent les « Pourquoi ». 

Il y a le « POURQUOI» moqueur. Celui qui avec un sourire, méprise, rabaisse, jalouse ce projet que je prépare depuis des mois. À question courte, impossible de résumer mes envies d’ailleurs. Ma réponse est bâclée, vide, laissant presque croire à une stupidité aveuglante. Derrière ce mot, se cache une question beaucoup plus longue et claire : « Pourquoi tu vas te faire chier sur cette route, dans cette région et seul sur un vélo »

Il y a le « POURQUOI » des psychanalystes. Ceux qui à travers leurs questions espèrent trouver chez moi les raisons de mon aventure, enfouies dans un inconscient qui me malmène. « Pourquoi tu pars, un manque à combler, une recherche originelle, un besoin de se prouver quelque chose ? » Dans les bottes de Freudiens aguerris, ils se persuadent que mon inconscient me joue des tours. Ils guettent, dans la réponse, le moindre souvenir d’enfance, l’infime détail qui affirmerait leur thèse. Une approche « scientifique » de l’aventure, qui ne laisse aucune place à la magie.

Il y a le « POURQUOI » sceptique. Celui qui accuse. Le départ, le mouvement cache quelque chose. « Il a bien un intérêt financier, personnel, professionel derrière » me jettent ils avec ce « Pourquoi ».

Puis il y a les « POURQUOI » qui rassurent, qui valident toutes ces heures passées à s’entrainer, réfléchir, s’organiser. Les « POURQUOI » qui ouvrent sur le dialogue, la curiosité et l’écoute. Ceux qui m’ont permis, avec l’échange, de répondre à l’inexplicable.

Alors Pourquoi ?

Parce qu’il n’y aucune justification. Trouver une raison à cette aventure, c’est la condamner. Devons nous, obligatoirement, comprendre les déchainements qui nous emportent ?  Elle est là, l’Aventure. C’est elle que je désire, fantasme et prend. Au nom de l’imprévisible, de l’esthétique, de l’ivresse, du mouvement, du rêve, de la découverte (…) on part à l’aventure. De Platon à Sylvain Tesson, en passant par Hérodote, Nicolas Bouvier, Bergons, Jankelevitch ou Simmel, ils ont tous essayé de donner un sens à l’Aventure. Mais en a t on vraiment besoin ?

« L’aventure ne veut pas atteindre un but, qui serait sa mise à mort. « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » est le moment où la magie du conte s’arrête pour laisser place denouveau à la prose de l’existence: Bonne nuit à l’enfant endormi, ou ennui mielleux du Happy end…. »
Henri Bergson, i
ntroduction à la métaphysique.

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1 commentaire

  1. Super article ! J’aime la façon dont c’est écrit. Un style d’écriture qui donne envie de lire et qui retranscrit joliment et bien plus personnellement l’aventure ! Bon courage !

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