Monde

Patagonia

Parti le 5 novembre dernier sur la route chilienne, la liberté que je respire tous les jours m’étonne et par moment, je dois l’avouer, me désoriente complètement ; une liberté sans limite qui oppresse paradoxalement  ma conscience . Pour ma première nuit sur les plaines de la PATAGONIE AUSTRALE, vide de toute humanité, je me barricadais sous un fragile habitacle de toile… En pleine nuit, le conte des « trois petits cochons » maintes fois écouté enfant, traversa mon esprit, me réveilla et à vrai dire me remplit d’angoisse. Cette nuit là ne me porta pas conseil…. Moi, qui depuis l’enfance capitalise la sécurité, le confort dans une maison solide, une maison faite de murs protecteurs dans le cadre d’une grande famille solidaire !… La sédentarité comme protection face aux loups ?   J’ai eu, cette nuit là, la sensation de faire partie de la fratrie porcine et d’être la proie la plus vulnérable qui soit compte tenu de la fragilité de mon refuge…   Mais quels loups auraient eu envie de me persécuter sur ce bout du monde ? Pourquoi viendraient ils m’attaquer dans cette immensité avec pour seuls témoins les immuables chaînes montagneuses habillées éternellement d’un chapeau blanc ?  Et qui oserait briser l’harmonie qui règne sur ces terres divines ?       C’est, petit à petit, comme un lendemain de tempête que la brume de l’angoisse s’estompa pour laisser place à la chaleur apaisante de la sérénité. Le cadenas qui m’enfermait dans mes certitudes, je l’ouvris : il n’y avait maintenant que la toile grillagée de la moustiquaire qui me séparait de cette Nature immense, flamboyante ; en fait, la plus puissante des mères protectrices.

Au réveil, le spectacle m’énivra. La Nature se faisait l’artiste de la plus merveilleuse des oeuvres : elle même. Les montagnes assiégeaient les étendues d’eau grisées par la réflection d’un ciel nuageux ; une pluie fine floutait l’horizon ; un silence assordissant figeait le temps. Les bateaux d’irrémédiables pêcheurs parsemaient le lac de bandes de couleurs vives et écaillées. Bercées par la houle, les coques se balançaient et battaient le rythme du ballet des goélands qui s’agitaient tout autour à la recherce des carcasses. Les Hommes de ces terres sauvages ont une existence de labeur mais, la poésie brode leur vie : ceux sont des poètes, malgré eux. La présence de ces êtres sur ces immensités naturelles a des relents et des langueurs de romantisme.        En s’adaptant aux caprices des éléments, ils sont devenus les protecteurs du recul de ces terres ; ils les rendent invulnérables.        La PATAGONIE est connue pour ses espaces magnifiques mais aussi pour son caractère imprévisible. Ce matin de Noël, elle se donnait en cadeau !..  De sa puissance, le soleil perça soudainement la couche nuageuse pour révéler la magie des fjords patagons. L’horizon se transforait sous la lumière céleste ; les couleurs scintillaient, le lac devenait un véritable tapis d’émeraude ; les gouttes s’imprégnaient de lumière pour se métamorphoser en poussière d’or. Le soleil devenait le plus grand des alchimistes transformant tout ce qu’il illuminait en quelque chose de précieux.      C’est sûrement le plus beau spectacle que j’ai jamais vu… J’étais en conscience le plus gâté des hommes en admiration devant l’inestimable beauté du Monde

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