Monde

TCHOUKOUTOU

Les réveils à Kpalimé, ville située à deux heures de route au nord de la capitale, sont enchanteurs. Tôt le matin, aux alentours de cinq heures trente, Kpalimé s’éveille. Dès six heures, les tailleurs de bois, véritables artistes africains commencent le fascinant labeur  sur bois d’ébène. Le bruit cadencé du ciseau à bois devance les cris du coq. La fumée s’échappe des maisons de tôle et une lumière douce et chaleureuse accompagne les premiers instants du jour. Pendant que les hommes martèlent le bois, lui donnent vie, les femmes viennent chercher l’eau du puits. Il n’est que six heures trente du matin et la journée s’est déjà installée. Il faut dire qu’à partir de treize heures, ici, on ne dit plus « NDI » (bonjour) mais « FIANY » (bonsoir)

La maison communautaire dans laquelle nous vivons se trouve dans un quartier parallèle à la rue principale. Au togo, la route principale est le coeur de la ville ; elle bat le rythme de la vie des habitants. Les commerces bordent la route et on trouve tout aux abords de cette artère : pain, motos, bananes, meubles, pils (bière locale), vêtements… Absolument tout. Sur ce bout d’asphalte, les ZEMS (taxis-motos) foncent, zigzaguent entre les voitures, les vélos, les piétons et… les poules !

La chaleur, les klaxons, le désordre de la circulation ( plus ou moins maîtrisé par les conducteurs) créent une ambiance de fièvre, un concentré brûlant et bouillonnant de vie. De cette artère s’échappent, perpendiculairement, des ruelles accidentées, en terre, qui s’enfoncent dans la forêt. Tout un réseau de petites rue de cambrousse que seuls les habitants connaissent.

Yaovi, jeune soudeur togolais d’une vingtaine d’années, nous propose de « faire un foot » avec une équipe locale. Nous le suivons. Après dix minutes de marche dans la forêt sur un rythme qui nous paraît déjà être un entraînement, nous nous arrêtons dans un petit « village ». Il nous invite à le suivre dans une case faite de ferrailles. Trois personnes sont là : statiques, immuables, insensibles au ballet lancinant des mouches et comme indifférentes à notre arrivée. Yaovi échange avec eux en EWE (langue locale). Une dame, qui nous semble grimée à la manière des masques africains, présentant sur chaque côté du visage trois cicatrices linéaires se lève. Elle se dirige vers une poubelle orange, elle l’ouvre, remplit trois bols en bois, nous les tend et recouvre d’un plateau le récipient pour le protéger des attaques des mouches. Elle nous regarde, narquoise, et explose de rire. Un rire que seules les mamans noires savent offrir, comme un don et qui font echos dans la mémoire. Notre visage et nos mimiques nous ont trahis. La dame a perçu dans nos yeux l’angoisse suscité par le breuvage. Et puis, des regards échangés, des hochements de têtes, des sourires… Les doutes se sont évaporés !
Nous avons bu ensemble la boisson au gout de cidre, en plus amère : le TCHOUKOUTOU. Pendant notre « dégustation » les enfants qui préparaient la rentrée du lendemain, se sont précipités devant la case, curieux, et dans de grands éclats de rire, nous avons échangé grimaces amicales, grands sourires, débuts de courses…
Ce petit moment offert par Yaovi a été magique, sublime ; un échange sans mots fleuris.

C’était le contact humain prit à sa racine, dans ce qu’il a de plus pur. Les regards profonds, véritables, humainement compréhensibles, émotionnellement indescriptibles, marquent à vie, comme les cicatrices de notre hôte.

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