Monde

TOGOVILLE

             Rendez vous à Togoville, commune à l’origine de la construction du Togo. Ce village au bord du Lac Togo n’est accessible qu’en pirogue. Ce jour là, le vent sec et poussiéreux venu du Nord, appelé Harmattan, ricoche sur l’étendu d’eau grisâtre. C’est un jeune homme, petit et sec, qui est le capitaine de l’embarcation de bois. Les muscles des épaules et des bras, parcourus par des veines apparentes, sont proéminents par rapport au reste du corps. Il utilise un long bâton en palmier qu’il plonge jusqu’au fond du lac pour faire avancer le cortège. Ses gestes sont mécaniques et avec un balancement régulier il assure une vitesse de croisière ininterrompue. A chaque poussée, ses muscles se gorgent, le corps se tend et son visage se crispe, véritable héros du mythe de Sisyphe. Pour garder de l’énergie et assurer le ballet incessant des traversées, il lève une voile jaunie par la moisissure et la laisse flotter à l’extrémité d’un bout de roseau. Sueur au front, langue tirée, il mène la pirogue jusqu’à la plage au sable rouge. Un intimidant rythme tribal s’évade du village et résonne au dessus du lac.

A Togoville, les cérémonies animistes cadencent les jours, les mois, les saisons. Les esprits se mêlent aux habitants grâce aux fétiches. Statues anthropomorphes aux expressions de visages marquées, les fétiches s’imposent comme les protecteurs du village. Tout tourne autour de leurs décisions; ils condamnent, punissent et foudroient les coupables; ils rassurent les autres. Ces statues aux formes primaires renferment tout ce que les hommes n’arrivent pas à expliquer. Elles répondent à ces interrogations, ces doutes qui effraient la conscience individuelle et collective. Elles sont la matérialisation de ce que nous, Humanité, nous ressentons, entre peurs et espoirs, enthousiasmes et résignations, certitudes et craintes.

Avoir des réponses, écouter la parole des esprits, accéder au discours divin est un privilège que seul les hommes par dessus les Hommes possèdent.
Ces intermédiaires, prêtres et féticheurs, se chargent d’annoncer les jugements. On devient féticheur par apprentissage, on est prêtre par décision divine.Il y a cinq prêtres à Togoville, individus aux l’identités doubles et troubles, entre Humain et divin, ils assurent l’harmonieuse union de l’autre monde avec celui des Hommes. Le prêtre est choisi dès sa naissance, il est condamné à se retirer du monde et à n’apparaître qu’une fois par an. Un sacrifié pour le bon déroulement des sacrifices.

Quand la culpabilité d’un individu ne peut pas être assurée par le tribunal populaire, les dieux interviennent. Les habitants du village et des communes alentours se rassemblent devant un arbre sacré pour assister au tribunal divin. La personne est alors présentée devant la plèbe, le féticheur invoque l’esprit, l’incriminable déambule sept fois autour de l’arbre. Dans une ambiance explosive, les applaudissements, les cries, les insultes de la population accompagnent les invocations du féticheur qui rentre en transe. Il gémit, croisse, brame pour appeler l’esprit. Si le répréhensible s’abandonne, qu’il délire, il sera maudit, lui, sa famille et une partie du village. On ne dérange pas les divinités pour des affaires d’Hommes.

Lorsqu’on marche dans ce village à la pierre orange et mat, sur cette terre ocre, l’atmosphère est peuplée d’esprits, bienveillants ou cruels, protecteurs ou menaçants, doux ou rudes, à l’image, finalement, de ceux qui les vénèrent. Une question se pose, Qui sont les créateurs ?

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